Un médecin dispose du droit de refuser ses soins, mais ce droit connaît des limites précises. Hors urgence et hors manquement au devoir d’humanité, le refus reste possible pour des raisons professionnelles ou personnelles, à condition d’informer le patient et d’assurer la continuité de sa prise en charge. Tout refus fondé sur une discrimination est interdit.
Le principe : une liberté encadrée, pas un droit absolu
La relation entre un patient et un praticien libéral repose sur un accord réciproque. Le patient choisit son médecin, le médecin garde la faculté de ne pas entrer dans une prise en charge.
Ce que prévoit le code de déontologie médicale
L’article 47 du code de déontologie médicale, codifié à l’article R4127-47 du Code de la santé publique, pose la règle : hors le cas d’urgence et celui où il manquerait à ses devoirs d’humanité, un médecin a le droit de refuser ses soins pour des raisons professionnelles ou personnelles.
Le même article encadre immédiatement cette liberté. Le praticien qui se dégage de sa mission doit en avertir le patient, prendre toutes dispositions pour que la continuité des soins soit assurée, et transmettre au confrère désigné les informations utiles à la poursuite de la prise en charge.
Les trois conditions qui accompagnent tout refus
- L’information du patient, claire et sans ambiguïté, pas un silence ni un renvoi indéfini.
- La continuité : le patient ne doit pas se retrouver sans solution de prise en charge.
- La transmission des éléments du dossier au praticien qui reprend le suivi.
Un refus qui ne remplit aucune de ces trois conditions expose son auteur à une procédure disciplinaire devant la chambre de l’ordre des médecins, indépendamment de la légitimité du motif invoqué.
Les refus que la loi interdit
Deux situations ferment complètement la porte au refus, et elles ne souffrent aucune exception.
La discrimination
L’article 7 du code de déontologie, article R4127-7 du Code de la santé publique, impose au médecin d’écouter, d’examiner, de conseiller ou de soigner toute personne avec la même conscience, quelles que soient son origine, ses mœurs, sa situation de famille, son appartenance à une ethnie, une nation ou une religion déterminée, son handicap, son état de santé ou sa réputation.
L’article L1110-3 du même code va plus loin en visant explicitement le refus opposé au bénéficiaire de la protection complémentaire en matière de santé ou de l’aide médicale de l’État. Ce refus est illégal, y compris sous ses formes déguisées : rendez-vous repoussé sans motif, orientation systématique ailleurs, condition de paiement inhabituelle.
La procédure de plainte est ouverte au patient et à l’organisme d’assurance maladie. Elle passe par le directeur de la caisse ou par le président du conseil territorialement compétent de l’ordre, et déclenche une conciliation avant toute suite disciplinaire.
L’urgence et le devoir d’humanité
Face à une urgence, la question du choix ne se pose plus. L’obligation de porter assistance s’impose à tout praticien, et le Code pénal réprime la non-assistance à personne en péril.
Le devoir d’humanité couvre les situations qui ne relèvent pas techniquement de l’urgence vitale mais où l’abandon serait indéfendable : une personne en fin de vie, une douleur aiguë, une détresse manifeste sans autre recours accessible.

Les refus licites, et les raisons qui les expliquent
Un refus légitime peut être opposé dans plusieurs cas de figure, et la plupart n’ont rien à voir avec la personne du patient.
Le premier motif est la saturation. Une patientèle complète ne permet plus d’assurer un suivi correct, et poursuivre l’inscription de nouveaux patients dégraderait la qualité des soins de tous. Ce motif explique la majorité des refus rencontrés par les personnes qui cherchent un médecin traitant, sujet développé dans notre article sur comment trouver un médecin qui accepte de nouveaux patients.
Le deuxième motif tient à la compétence. Un praticien qui estime la situation hors de son champ d’expertise doit orienter plutôt que traiter, et ce refus protège le patient.
Le troisième motif est la rupture de la relation de confiance : menaces, agressivité, non-respect répété des rendez-vous, demandes de prescriptions injustifiées. Le refus de suivi peut alors être opposé, toujours avec les trois conditions rappelées plus haut.
Un quatrième cas, plus discret, mérite d’être connu : le médecin qui se déporte parce qu’il entretient un lien personnel étroit avec le patient et estime ne plus pouvoir exercer son jugement avec le recul nécessaire.
L’autre sens : quand le patient refuse les soins
La question se pose aussi dans l’autre direction, et le droit y répond avec la même précision.
L’article L1111-4 du Code de la santé publique consacre le principe du consentement libre et éclairé. Aucun acte médical ni aucun traitement ne peut être pratiqué sans ce consentement, qui peut être retiré à tout moment.
Face à un refus qui met la vie en danger, le médecin doit tout mettre en œuvre pour convaincre la personne d’accepter les soins indispensables. Il peut faire appel à un autre membre du corps médical. La décision du patient, une fois réitérée après un délai raisonnable, s’impose au praticien, qui inscrit cette démarche au dossier médical.
Ce droit connaît des aménagements pour les mineurs, les majeurs protégés et les situations où la personne n’est pas en état d’exprimer sa volonté. Les directives anticipées et la personne de confiance prennent alors le relais.
Le cas de la téléconsultation
La consultation à distance obéit aux mêmes règles déontologiques que la consultation au cabinet, mais elle ajoute un motif de refus propre à son format.
Un praticien peut interrompre une téléconsultation et orienter vers un examen physique lorsque la situation clinique ne se laisse pas évaluer à l’écran. Ce n’est pas un refus de soins, c’est l’application du devoir de moyens : palper un abdomen, ausculter, mesurer une tension ne se font pas par vidéo. Le médecin doit alors indiquer la conduite à tenir et, si nécessaire, orienter vers une prise en charge présentielle rapide.
Le cadre de remboursement pose une seconde limite. Le parcours de soins coordonné suppose en principe un lien préalable avec le patient, avec des exceptions prévues pour les personnes sans médecin traitant et pour certaines situations d’accès direct. Une plateforme qui propose une consultation à distance sans vérifier ces conditions expose le patient à une prise en charge financière moindre, ce qui n’est pas un refus mais produit une déconvenue comparable.
Troisième point de vigilance : l’identification. Le praticien doit s’assurer de l’identité de son interlocuteur et disposer d’un canal sécurisé. Une téléconsultation menée depuis une messagerie grand public ne respecte pas les exigences applicables aux données de santé.
Les modalités concrètes de ces consultations à distance sont détaillées dans notre article sur le rendez-vous médical en ligne, et le fonctionnement des services qui les hébergent dans notre présentation des plateformes de prise de rendez-vous médical en ligne.
Les recours ouverts au patient qui subit un refus
Quatre recours existent, et ils ne s’excluent pas les uns les autres.
- Le conciliateur de la caisse primaire d’assurance maladie, pour un règlement rapide et sans formalisme lourd.
- La plainte auprès du conseil départemental de l’ordre des médecins, qui organise une conciliation obligatoire avant toute transmission à la chambre disciplinaire.
- La saisine du Défenseur des droits, compétent sur les discriminations dans l’accès aux services de santé.
- Le signalement à l’agence régionale de santé, utile quand le refus révèle un problème d’organisation territoriale plutôt qu’un comportement individuel.
Conservez les traces écrites : courriels, messages, captures d’écran de créneaux refusés. Un dossier documenté avance beaucoup plus vite qu’un récit oral, et la conciliation aboutit souvent dès cette étape.
Prendre rendez-vous quand les agendas restent fermés
Le refus formel est rare. La difficulté quotidienne prend une autre forme : des agendas qui n’ouvrent aucun créneau, des messageries qui ne répondent pas, des secrétariats saturés.
Trois réflexes améliorent réellement les chances d’obtenir une consultation. Élargir la recherche aux centres de santé et aux maisons de santé pluriprofessionnelles, dont l’organisation collective absorbe davantage de demandes. Consulter les agendas en ligne aux heures creuses, tôt le matin, quand les annulations de la veille se libèrent. Activer les alertes de désistement proposées par la plupart des plateformes de prise de rendez-vous.
Les méthodes détaillées pour accélérer une prise de rendez-vous figurent dans notre article sur comment avoir un rendez-vous rapide chez un médecin, et le fonctionnement général des agendas partagés est expliqué dans notre guide de la prise de rendez-vous en ligne.

Un dernier point souvent ignoré : la déclaration de médecin traitant n’est pas un engagement à vie. Vous pouvez la modifier à tout moment auprès de votre caisse, et le praticien que vous quittez n’a pas à donner son accord. Le seul effet à surveiller concerne le parcours de soins coordonné, dont le respect conditionne le niveau de remboursement de certaines consultations.
Prochaine étape si vous êtes sans médecin traitant : contactez votre caisse primaire en signalant votre situation, puis élargissez votre recherche à deux communes voisines. Ces deux démarches, menées le même jour, débloquent la plupart des situations en quelques semaines.
